Sabine D.

Il est juste que les forts soient frappés
par (Libraire)
6 février 2020

Ce roman, porté par la voix d’outre-tombe de sa narratrice, Sarah, 40 ans, nous saisit par les tripes, en déroulant les 20 dernières années de sa vie, succession de chutes joyeuses dans le grand bain de la vie jusqu’à celle dont on ne se relève jamais. Tombée devant les roues d’une voiture, à 20 ans, en perte de goût de vivre, tombée en amour à 30 ans dans les bras de l’homme de sa vie, tombée enceinte une fois, deux fois et tombée malade à 40 ans. Nous suivons, en apnée, le fil de sa vie courte et vibrante, narrée dans un style sans concession, brut et fugace comme le bonheur et le malheur foudroyant tour à tour. Nous sommes nous aussi accompagnés par une main de fer, celle de Théo, son compagnon qui ne la lâche pas. Surplombant le monde des vivants, de ceux qui lui sont chers, Sarah prend de la hauteur et nous laisse comme en apesanteur jusqu’à l’ultime épreuve, celle d’une maladie mortelle. Son énergie nous entraîne à cœur et à corps perdus dans une vie dont le fourmillement des petits riens connecte les uns et les autres pour le meilleur, laissant le pire à la faute à pas de chance. La pudeur de l’auteur de ce premier roman, s’inspirant de faits autobiographiques s’efface derrière cette voix féminine en lui rendant là un bel hommage : « se faire oublier des vivants » pour autoriser la résilience des êtres chers qui demeurent dans la vie. Une telle leçon de courage entre rage et détermination force le respect. La littérature permet cela : une arme de destruction massive pour conjurer le sort des vivants et donner la parole aux morts. Il est juste que ce livre soit lu par le plus grand nombre d’âmes sensibles !

Des gens comme eux

Sedira, Samira

Le Rouergue

16,50
par (Libraire)
9 janvier 2020

Ce premier roman s’inspire d’un fait divers, l’assassinat d’une famille dans un chalet, en 2003 au Grand-Bornand. Au-delà du sordide, de l’indicible et de l’incompréhensible, l’auteur réussit la prouesse de nous mettre à hauteur du meurtrier, par la voix de la narratrice, sa femme. En reprenant le fil de leur histoire, celle-ci retrace les faits, sans réquisitoire, jusqu’à l’acte ultime, dans un style incisif, décrivant au scalpel les relations que les deux familles ont nouées : de l’apparente facilité jusqu’à l’ambiguïté la plus subtile. La force de ce court récit réside dans la description clinique de ce qui amène quelqu’un à commettre un acte irréparable : il nous installe comme sur une table d’opération à la recherche du moindre indice qui permettrait d’éclairer les causes d’un carnage à huit clos, avec toutes les incertitudes et les nuances liées à la complexité de la nature humaine.

Le livre des reines

Éditions Jacqueline Chambon

22,00
par (Libraire)
21 octobre 2019

Ce livre raconte l’histoire de 4 générations de femmes : Qayah, l’arrière-grand-mère, Qana, la grand-mère, Qadar, la mère et Qamar, la fille. Du génocide arménien en Turquie, à la guerre en Syrie, en passant par la 1ère guerre israëlo-palestinienne et la guerre civile au Liban, ces femmes sont contraintes aux exodes, exils, séparations, pertes et deuils. Entre exercices de prédiction du passé, résilience et folie, ces combattantes font des pieds de nez aux destins. Le récit est émaillé de journaux intimes sous la forme de lettres d’adieux qui témoignent de leur enfermement dans un interminable tunnel de conflits à répétition. De nombreuses questions y sont abordées : le déracinement, la filiation, la mémoire et les traumatismes trans-générationnels (« Ceux que la guerre n’a pas tués sont des cadavres vivants ou des victimes différées »). La romancière rend ainsi un magnifique hommage aux femmes de sa famille qui ont payé le prix d’être nées sur des territoires et dans des communautés religieuses et culturelles qu’elles n’ont pas choisis. Un livre malheureusement troublant d’actualité !

Mur Méditerranée

Sabine Wespieser Éditeur

22,00
par (Libraire)
21 octobre 2019

Ce roman est inspiré d’un fait réel, survenu en juillet 2014 en mer Méditerranée : un chalutier transportant illégalement 750 hommes, femmes et enfants jetés sur les routes de l’exil, a subi une violente tempête et une rixe à bord, entraînant la mort de 181 personnes. Le récit débute alors que trois femmes attendent dans un entrepôt, à Sabratha en Libye pour embarquer afin d’atteindre les côtes italiennes. Il se poursuit par des aller-retour sur les parcours de chacune : Chochana, la nigériane juive que la sécheresse qui sévit dans le nord du pays pousse à chercher du travail ailleurs ; Sembar, l’erythréenne catholique qui ne peut plus composer avec le régime dictatorial de son pays et Dima, la syrienne musulmane qui a perdu sa maison dans les bombardements d’Alep. Toutes cherchent à mettre l’horloge de leur vie à l’endroit, après avoir vécu des traumatismes : à la recherche d’une terre ferme où ancrer leur jeunesse, leur famille, leur vie et leurs rêves. La traversée de la Méditerranée s’avère très périlleuse, en raison à la fois de mauvaises conditions climatiques, mais aussi des dispositions prises pour leur transport : les subsahariens entassés dans une cale réduite et les arabes sur le pont, exposés aux vagues glacées. Dans une langue fluide, rythmée et efficace, l’auteur nous entraîne dans les bruits, les odeurs mêlées et les ressentis des trois femmes jusqu’au débarquement sur une plage de la Baie de Messine sur l’île de Lampedusa. Un récit poignant !

Rhapsodie des oubliés
18,00
par (Libraire)
21 octobre 2019

Rue Léon, Barbès, quartier de la Goutte d’Or, Paris 18ème arrondissement : Abad, 13 ans, d’origine libanaise, partage avec nous la vie de son quartier, une ville dans la ville où les habitants s’entassent les uns sur les autres comme un grand bain d’amour et un joyeux bordel. Nous sommes véritablement plongés, en apnée, dans le quotidien d’une rue-monde où l’odeur des poubelles se mêle à celles d’éclopés, de cassos et d’âmes fragiles qui y ont trouvé refuge. Nous rencontrons des personnages, riches en couleur et chers à Abad : « Gervaise », prostituée africaine, « Shrek », psy qui aide à « s’ouvrir dehors », « Batman » charmante et énigmatique jeune voisine de l’immeuble d’en face, source de fantasmes érotiques et d’émois amoureux… Tour à tour, l’auteure donne la parole à ces âmes, suspendues les unes aux autres sans jamais se croiser, dans une langue truculente, vibrante, chaude et chaleureuse. Abad représente le lien dans cette addition de vies sous le béton, une véritable école de la vie pour un garçon de son âge qui fait les 400 coups. La force et l’inventivité de ce premier roman résident dans la mise en contexte de ces misérables des temps modernes, dépeints avec une gouaille réjouissante nous transportant entre rires et larmes. A découvrir !