Vero

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Je ne sais plus comment je suis tombée en littérature mais je sais pourquoi. Parce que dès j'ai plongé les yeux dans un livre, je suis partie. J'ai tout de suite compris que les mots avaient le pouvoir de m'emmener vers d'autres ailleurs. Qu'ouvrir un livre, c'était voyager. Dans l'univers des jouets de "Oui Oui" ou dans celui rempli de noeuds, de volants et de gentils garnements de la Comtesse de Ségur, dans les énigmes et les petites frousses du Club des Cinq, je me sentais bien partout. Je pouvais vivre cent vies à la fois! A 11 ans, un livre m'a fait versé des larmes. C'était Mon bel Oranger de Vasconcelos et là, j'ai su, que définitivement, je ne vivrai jamais sans livres à ma portée. Ils sont des voyages, des émotions, des amis, des confidents aussi. Ils sont un monde dont je ne peux me passer, une ouverture sur un ailleurs débarrassé des petits fardeaux du quotidien: un refuge.

Rosalie Blum / Une impression de déjà-vu, Volume 1, Une impression de déjà-vu

Volume 1, Une impression de déjà-vu

Jourdy, Camille

Actes Sud

par
8 janvier 2011

Dans une petite ville du Jura, Vincent Machot mène « une petite vie simple, triste et sans projet ». Trentenaire, il partage son quotidien entre son salon de coiffure, sa mère possessive et son cousin au hobby excentrique. Il a bien aussi une petite amie partie vivre à Paris une autre vie que la sienne et Vincent oscille sans cesse entre l’envie d’aller rejoindre et la difficulté de laisser seule sa mère dont il supporte pourtant de plus en plus mal la tyrannie. Sa vie s’anime soudain, le jour où, dans une épicerie, il a une impression de déjà-vu face à la caissière. Qui est cette Rosalie Blum qui le trouble ? Vincent Machot se met à la suivre aussitôt son travail terminé, fouille ses poubelles, assiste à ses longues soirées en solitaire face au whisky dans un bar de la ville. Mais jamais, il n’ose l’approcher, laissant Rosalie peupler ses rêves et occuper de plus en plus de place dans sa vie pâlichonne.

Quel bonheur que cette bande-dessinée ! Un quotidien morne narré avec une bonne dose d’humour, des personnages hauts en couleurs et les aquarelles de Camille Jourdy pour habiller le tout. C’est délicieux à lire, on a envie de suivre plus avant Vincent et sa mère et cette mystérieuse Rosalie. L’auteur décrit avec justesse ces vies étriquées qui pèsent certains jours mais que l’on accepte par simplicité. Camille Jourdy évoque, avec un joli brin de fantaisie et une vraie tendresse communicative, la vie tout simplement avec ses hauts et ses bas. Il reste deux volumes (déjà parus) pour découvrir le secret de Rosalie et savoir si notre gentil coiffeur osera le premier pas…

Le Soldat et le gramophone, roman
par
8 janvier 2011

Lorsque le jeune Aleksandar perd subitement son grand-père, Slavko, il ne sait pas encore que cet événement n’est que le premier signe des grands changements qui vont bouleverser son pays et sa vie. Slavko, ce grand-père raconteur d’histoires en tout genre, communiste convaincu tout entier dévoué à Tito a tiré sa révérence, devant la télé, pendant que Carl Lewis battait le record du monde de vitesse. Sa mort laisse un immense vide dans le cœur et la vie d’Aleksandar qui va apprendre au fil des années à se séparer de ce qui faisait jusqu’ici sa vie. Car en Yougoslavie, on démonte les statues de Tito. En Yougoslavie, Serbes et Croates s’affrontent dans une guerre qui laissera à jamais des traces dans ce peuple autrefois uni. Aleksandar voit peu à peu les voisins s’en aller, vers un ailleurs incertain mais loin de la guerre. Et dans les années 90, lui aussi quitte son pays qui perd son nom et son âme pour se réfugier en Allemagne. Une nouvelle vie à se construire, difficilement, avec toujours au cœur des manques et des souvenirs d’enfance.

Avec les mots et les yeux d’Aleksandar, on traverse le conflit de l’ex-Yougoslavie et la brutalité d’un exil forcé, on touche avec lui la fin d’un monde, celui de l’enfance et on l’accompagne dans la construction d’un autre, celui d’un adulte qui tente de combler les manques. Un récit que l’on imagine, que l’on sait habité par la propre expérience de son auteur. Un récit qui fourmille d’histoires, celle avec un grand H et toutes les autres nées des souvenirs et de l’imagination d’un enfant. Un fourmillement qui amène parfois des confusions et quelques longueurs, notamment dans la dernière partie (que je trouve répétitive en regard du début du livre). Mais le tout reste un joli roman où j’ai pris plaisir à plonger malgré tout.

Seul le silence

Le Livre de Poche

8,90
par
8 janvier 2011

A douze ans, Joseph Vaughan perd son père mais aussi bien plus que ça. Il perd cette année-là l’innocence, confronté à l’assassinat de petites filles de sa région. Des petites filles qu’il connaissait, qui vivaient dans son village de Géorgie, qui fréquentaient comme lui la classe de Miss Webber, des petites filles qui étaient vivantes un jour et sauvagement assassinées le lendemain. Comble de l’horreur, Joseph va lui-même en découvrir une, affreusement mutilée. Ces crimes vont planer des années durant sur la vie d’Augusta Falls, le village natal de Joseph. Profondément marqué, le jeune Joseph va même imaginer avec ses copains la création des Anges Gardiens, un groupe décidé à protéger les petites filles que le danger guette, sans que personne ne puisse l’identifier. Le climat à Augusta Falls est à la suspicion et chaque nouvel assassinat dans la région réveille les haines sourdes et stigmatise les « coupables » potentiels. Joseph grandit, hanté par les meurtres et par les fantômes de ces petites filles à qui on a violemment arraché la vie, dans un village où il semble se cogner contre les murs. « Tu étais pas comme les autres Joseph Vaughan. Tu l’as jamais été et tu le seras jamais » lui rappelle un copain de classe : Joseph veut, dès le jeune âge, devenir écrivain. Une vocation comme un besoin, pour exorciser, dompter les fantômes et qui le rapproche de son institutrice Alexandra Webber, consciente de son potentiel. Mais Joseph met du temps à quitter sa Géorgie natale, tentant d’y vivre, de s’y fondre, en vain. Arrivé à New-York, à vingt-deux ans, Joseph se jette dans une nouvelle vie, loin des drames qui ont jusqu’ici émaillé la sienne et l’habitent à jamais. Mais suffit-il de changer de ville, de vie pour que le passé disparaisse lorsque les fantômes, on les porte en soi ?

Roman noir plus que thriller, Seul le silence est un livre dense et captivant, non pas par l’histoire des meurtres elle-même et son dénouement (un peu rapide d’ailleurs) mais par la force du personnage imaginé par R.J. Ellory: un homme qui a grandi au mauvais endroit, tourmenté dès l’enfance, dont la vie devient un combat terrible et obsédant contre l’horreur. Un portrait comme je les aime qui nous plonge au plus près du personnage, au cœur de ses émotions.

Bonheur fantôme
16,80
par
8 janvier 2011

Un roman tout en douceur, en pudeur, en sensibilité qui vous emporte, vous murmure à l’oreille sa petite musique, vous livre le cœur de Pierre, son narrateur, en touchant le vôtre, indéniablement.

« Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve comme une petite souris dans son coin d’alcôve » : c’est ce qu’a fait Pierre à 28 ans. Il a quitté sa vie parisienne, son amour, son boulot et avant ça, ses études et sa thèse. Son alcôve à lui, c’est une campagne de la Sarthe. Il y a acquis une vieille maison, a ouvert un magasin de brocantes. Il se tapit là, tisse des liens avec le patron de la crêperie, avec la vieille Paulette de la ferme voisine, et il écrit sur Rosa Bonheur, une peintre animalière du XIXème. Et petit à petit, c’est lui-même que Pierre livre : la blessure jamais refermée suite au décès brutal de son frère jumeau il y a dix-huit ans, sa rencontre avec R., leur amour qu’il a fui par peur de l’abandon sans pouvoir se défaire du sentiment. Dans la solitude, Pierre tente de se reconstruire.

Un roman en forme d’introspection qui dit le deuil, l’absence, la vie avec une part manquante mais aussi et surtout chaque page de Bonheur fantôme est habitée par l’amour inconditionnel qui lie Pierre à R. De ceux qui rongent et éblouissent.

Dans la nuit brune

Éditions de L'Olivier

18,30
par
8 janvier 2011

Jérôme vit seul avec sa fille Marina depuis que sa femme, Paula, les a quittés il y a quelques années. Lorsque le petit ami de Marina décède brutalement dans un accident de moto, Jérôme ne sait comment faire face au chagrin de son enfant. Comment consoler alors que lui-même vit depuis des années avec un manque qui le lézarde. Enfant trouvé dans la forêt, Jérôme y retourne inexorablement, animé d’un besoin animal d’enfouir son corps dans les feuilles et la terre qui furent son premier monde. Entre double enquête – celle de la mort du jeune Armand et la recherche des racines de Jérôme – et récit intimiste d’un homme qui peine à livrer ses blessures, Dans la nuit brune évoque aussi l’Histoire, celle de millions d’hommes et de femmes, de familles brisées par les ambitions folles d’un dictateur allemand.

Voilà un roman dont il m’est bien difficile de parler ! Un livre qui me laisse un sentiment étrange : l’ai-je aimé ou non, me voilà bien incapable de me décider, comme si les personnages par certains côtés trop caricaturaux m’avaient laissé à distance. J’ai retrouvé avec plaisir la plume d’Agnès Desarthe mais pour autant ce livre entre roman réaliste et fable ne m’a pas happée. Une lecture qui reste agréable mais sans plus.