Elizabeth P.

Marie Petitcuénot

Flammarion

20 octobre 2021

Mère et femme ?

Dix-huit lettres adressées à ses trois enfants.
Ses enfants qu'elle aime viscéralement.
Ses enfants qui lui bouffent sa vie.
Elle adore ses enfants, elle adore son métier.
Qu'il est difficile de jongler entre les deux alors que le temps passe si vite.
Parce que la quarantaine est là, avec un corps qui commence à montrer ses défaillances.
Avec les années qui ont filé si vite sans plus beaucoup de temps pour soi.
Pas facile à admettre.
Comment continuer à être mère, à se réjouir de les voir vivre, de les voir grandir quand toute une part de soi est en attente, gronde à l'intérieur.
Un équilibre qui est un véritable casse-tête.
Et c'est sans compter sans la pression sociale :
Suis-je une bonne mère ?
Ne pourrais-je leur consacrer plus de temps ?
Comment font celles qui s'épanouissent tout en se reniant ?
Le rôle de mère prend tant de place, alors quelle place reste-t-il à soi-même ?
Qui n'a pas eu d'enfants ne peut comprendre.
J'ai souvenir de ces années dévorantes où j'ai commencé à détester ces quelques mots : « Il faut que »
Mes journées en étaient rythmées.
Toujours quelque chose à faire, pour les enfants, pour la maison, pour les démarches, pour le travail......... et à chaque fin de journée une insatisfaction de ne pas avoir eu le temps de prendre un livre, de rêvasser, d'avoir eu quelques instants pour moi.
Ce roman décrit excellemment le vécu des mères.
Avoir écrit ces lettres à ses enfants est un bel acte d'amour, même s'il ne doit pas sembler un justificatif à ses prétendues défaillances.
Je viens de lire un livre sur le même sujet : « Les Bordes » d'Aurélie Jeannin qui explore aussi la difficulté d'être mère, mais avec une approche différente, et qui m'avait énormément émue.
Ici, je n'ai pas ressenti particulièrement d'émotion, mais une grande solidarité avec toutes ces mères, toutes ces femmes qui font toutes de leur mieux pour concilier ce qui est peut-être inconciliable.

23 septembre 2021

Les orageuses, c'est une bande de filles.
Des filles qui se sont trouvées, qui se sont reconnues.
En elles le tonnerre gronde.
Elles sont déchirées, blessées, brisées......
Il n'y a qu'entre elles qu'elles peuvent parler de ce qui leur est arrivé, qu'entre elles qu'elles peuvent se comprendre, tenter de se dépasser.
Elles ont toutes été violées.
Elles se vengent en retrouvant les violeurs, en saccageant leurs intérieurs, en faisant naître en eux la peur, cette peur qui ne les quitte plus.
C'est un roman, mais lu plutôt comme une succession de témoignages montrant les dégâts irréparables du viol.
Se soutenant l'une l'autre, elles réussissent à commencer un semblant de reconstruction.
La justice et la loi ne peuvent rien pour elles.
C'est un sujet actuel mais permanent sur la condition de femme.
Heureusement qu'il y a cette solidarité entre femmes (pour certaines du moins, comme c'est le cas dans ce roman) pour permettre à l'orage de s'éloigner, de cesser de les tourmenter.
Un livre percutant, éprouvant, dérangeant et tellement réaliste.

22 septembre 2021

Magdalena a 14 ans quand sa mère disparaît sans plus donner signe de vie.
Elle deviendra actrice de théâtre renommée, avec une prédilection pour Antigone.
Trente ans après, un appel de son agent lui apprend que sa mère est retrouvée.
Aussitôt, elle se rend à l'adresse, une maison d'éclusier où sa mère mutique vit seule et misérable.
Une lente et douloureuse reconquête de deux êtres déchirés.
A part une seule petite déception avec « Manifesto », j'aime les romans de Leonor de Recondo.
Sa plume est douce et poétique.
Ses personnages sont beaux.
Ici, tant Magdalena que sa mère Appolonia, sont de belles personnes, les blessures de l'une ayant entraîné les blessures de l'autre.
Des événements passés ne sont pas très expliqués, entraînant peut-être la frustration de certains lecteurs, mais leur suggestion m'a suffi.
On comprend le refuge de Magdalena dans les personnages qu'elle interprétés et celui d'Appolonia dans le silence.
Tout est doux, mélancolique,  tendre et dramatique à la fois dans ces retrouvailles inespérées.
On se sent intime et proches de ces deux femmes.
Il y a une grande violence aussi dans ces silences et ces non-dits.
Il y a vraiment un avant et un après dans cette belle histoire qui m'a beaucoup émue.

22 septembre 2021

Max La Corre, ancien champion de boxe est chauffeur du maire d'une ville de Bretagne.
Quand sa fille Laura revient vivre près de lui, il demande au maire de l'aider à trouver un logement.
C'est le début d'un engrenage.
L'auteur nous rend spectateurs d'une histoire d'emprise et nous assistons, hypnotisés, à la déclaration que fait Laura à la police, aux arrangements de gens influents, à la manipulation.
Le procédé est un peu le même que dans « Article 353 du code pénal »
Laura, comme Martial, font une déposition.
Le sujet est d'actualité bien que datant de la nuit des temps : un personnage abusé, domination/soumission.
C'est un livre noir à l'ambiance pesante.
J'ai eu un peu de mal à entrer dedans.
Longueurs des phrases pas toujours claires et nécessitant une relecture.
Tout en admirant cette belle écriture et ces tournures de phrases, elles m'ont étouffée, presque asphyxiée (bon, d'accord, j'exagère un peu).

17 septembre 2021

Le père de Sorj Chalandon est mort en 2014.
En 2020, grâce à un ami, il a accès au dossier de son procès , conservé à la Cour de justice de Lille.
C'est la sidération.
Et voilà le déclic d'un nouveau roman.
Il replace sa découverte dans le contexte du procès de Klaus Barbie, en 1987.
Ce père, qui avait donné sa version quasi héroïque de sa participation à la dernière guerre mondiale, était en fait un opportuniste, traître, un collabo.
Il fait revivre son père dont il tente désespérément d'obtenir la vérité, d'entendre enfin les mots vrais.
Mais ce mythomane indécrottable n'en fera rien, laissant son fils à son désarroi.
C'est toujours une attente, un nouveau livre de Sorj Chalandon.
Toujours une valeur sûre.
Sa vie entière aura été marquée par ce père fou, fabulateur, délirant, destructeur.
Du Petit Bonzi à Profession du Père à Enfant de salaud, on ne peut que ressentir l’impact persistant des blessures indélébiles et de la force de caractère pour sortir indemne de l'emprise d'un père détraqué , toujours à la limite de la démence.
Le plus dur à accepter n'est pas que ce père ait été un salaud pendant la guerre, mais qu'il ait été un salaud en tant que père .
Bonzi, Emile, Sorj...... c'est toujours le même cri, la même douleur, la même incompréhension, le même amour.
Pour un père à qui toujours, malgré tout, il aura tendu la main.
Décidément, chaque livre de Sorj Chalandon me bouleverse.