Ponant

La Compagnie des artistes
3 avril 2016

Arrivé à l'âge mûr et devenu écrivain, Tom Button se souvient d'une période trouble de sa vie, période qui l'a marqué à jamais en déterminant totalement sa personnalité.
C'était en 1986, année de l'explosion de la navette Challenger mais aussi celle d'un des plus grands braquages d'art non résolu du XXéme siècle. Il s'agit du vol d'une toile de Picasso par un groupe se faisant appeler les « terroristes culturels australiens »
Autour de ce fait divers mémorable pour la National Gallery of Victoria de Melbourne l'auteur tisse une histoire captivante qui se lit comme un roman d'aventure, celle d'un tout jeune homme bien déterminé à s'affranchir pour assouvir sa soif d'ailleurs.
Avec le recul des années, Tom Button est capable de décrire cette expérience avec un vocabulaire affectif et intellectuel plus mature que celui dont il disposait à 18 ans. En nous racontant son aventure, il s'interroge sur la notion d'authenticité de l'oeuvre écrite ou peinte mais aussi du sentiment amoureux.

Chris Womersley plante son roman dans le somptueux décor de la résidence Cairo qui existe réellement . Cette oeuvre moderniste construite par l'architecte australien Best Overend, nichée dans le quartier verdoyant de Fitzroy, fut dès les années 1960 le repaire des étudiants et des artistes. C'est avant tout la peinture d'une atmosphère particulière qui séduit le lecteur autant que l'intrigue du roman.

En veilleuse
24 mars 2016

À trente ans Albert, dit Alby, a tout d'un adolescent attardé. Après avoir abandonné ses études et commencé à boire beaucoup, il est revenu dans le nid familial où il vit avec son père et sa soeur. De l'âge bête, il a gardé le langage grossier, l'obsession pour le sexe, le goût pour les conneries et la bagarre et surtout la propension à se révolter pour un rien. Vous l'aurez compris, Alby n'est pas un personnage des plus sympathiques mais il fait parfois preuve d'une étonnante sensibilité qui le rend presque attachant.

En fait c'est un grand sentimental qui se cache derrière une façade d'abruti déjanté, de "looser violent" comme dit sa soeur. Pourra t-il un jour à la mettre en veilleuse en réussissant à endiguer la rage et la douleur qui l'habitent pour enfin grandir ?
Dans ce premier roman d'inspiration autobiographique, au travers de la description de scènes du quotidien très banal de cet américain très moyen, de ses fantasmes de sexe et de violence mais aussi de ses moments de faiblesse, Matt Sumell dresse le portrait plus pathétique qu'hilarant, d'un homme dont plus grande victime est lui-même.
Le caractère libre, spontané et cru du langage d'Albert reflète parfaitement sa singularité mais cette verdeur peut mettre mal à l'aise le lecteur trop prude.

Sans oublier la baleine
15 mars 2016

Tel un Jonas des temps modernes, Joe Haak se retrouve mystérieusement propulsé par un roqual sur le rivage d'un tout petit village de pécheurs perdu au fin fond de l'Angleterre.
Ce brillant mathématicien employé comme analyste dans une banque d'affaire de la City a été poussé par son patron à jouer l'apprenti sorcier en ajoutant une dimension tout a fait inhabituelle au programme informatique qu'il a conçu. Mais quand ce programme capable de prédire les mouvements du marché boursier provoque une perte catastrophique pour la banque, Joe est désigné pour en porter la responsabilité. Il ne peut alors que fuir.

C'est ainsi qu'il échoue dans un hameau cornique où il découvre que la vie peut être paisible, que le temps peut s'écouler plus lentement et que tout peut arriver. Le meilleur comme le pire....

John Ironmonger tisse ici une fable originale qui mêle réalité économique, mythes anciens, légendes bibliques et philosophie politique sur fond de scénario catastrophe. Il imagine ce qui se passerait si le monde que nous prenons pour acquis s'effondrait tout d'un coup, si l'apocalypse s'annonçait et que l'humanité menaçait de retourner à l'âge de pierre.
Sans oublier la baleine est un roman surprenant dont il ressort un fort sentiment d'urgence. La sensation qu'il reste peu de temps pour tenter d'éviter, si possible, toute une série de désastres climatiques, économiques, sanitaires etc. Des périls résultant de la domination souveraine d'un capitalisme spéculatif devenu une réelle menace pour l'humanité et la planète.
Le roman de John Ironmonger se lit facilement même en n'étant pas initié aux arcanes de l'économie mondiale et de ses risques systémiques. Il n'y a rien de rébarbatif dans ce récit intelligent qui distrait tout en faisant réfléchir.
J'ai passé un excellent moment avec Joe Haak et les habitants de St Piran.