Venus d'ailleurs

Venus d'ailleurs

Paola Pigani

Liana Levi

  • par (Libraire)
    2 novembre 2015

    un roman brûlant d'actualité

    en 1999, Mirko et sa soeur Simona fuient le Kosovo en guerre. après un passage en Italie, ils décident de s'installer à Lyon . Deux personnages qui vont appréhender l'intégration différemment. Simona veut à tout prix et vite être comme tout le monde, avec joie et volonté, alors que Mirko, artiste dans l'âme . Il travaille sur des chantiers mais surtout il va graffer sur les murs en lisière de ville.C'est un écorché qui ne pourra pas oublier le passé.
    Pas de pathos, un roman sensible et poignant qui donne à réfléchir


  • par (Libraire)
    10 octobre 2015

    Paola Pigani rend bien compte de la complexité de la vie des réfugiés. Même si le fait que que Simona et Mirko soient réfugiés politiques et aient un emploi (l'histoire de passe en 2001, c'est la guerre au Kosovo) leur rend la vie plus facile. Être réfugié, c'est quitter son pays, sa famille, rompre des attaches, se décider pour une autre nationalité, un autre pays, une autre culture. Accepter de ne plus regarder une partie de ce qu'on a laissé derrière soi.
    Simona veut s'intégrer. Elle veut apprendre la langue jusqu'à perdre son accent, pour être perçue d'emblée comme française lorsqu'elle parle avec quelqu'un. Mirko, son frère, plus sombre, plus blessé par la vie, aussi, bute sur les mots, apprend moins vite et est moins intéressé, moins passionné par les mots. On voit bien combien l'apprentissage de la langue aide à la réussite de l'intégration.
    Il manque deux doigts à l'une de ses mains de travailleur du bâtiment, deux doigts arrachés d'un coup de fusil pour qu'il ne puisse être soldat de l'UCK. Il a laissé derrière lui Marush, le jeune enfant de son frère, auquel il reste très attaché. Alors pour supporter sa vie et sa solitude, il s'aventure dans des "zones où les murs écaillés cachent des messages codés", des murs sur lesquels il peut graffer sa nostalgie. C'est dans ces zones qu'il rencontre Agathe, une jeune peintre dont il devient amoureux. Sans pathos, Paola Pigani dit que même cet amour ne suffira pas à vaincre sa nostalgie.
    Comme dans son premier roman, l'auteure excelle quand elle décrit les belles rencontres de ses héros : le vieil homme qui tient une librairie d'ancien dans Saint-Jean, Agathe l'amoureuse de Mirko, Ousman le surveillant du Mistigriff où travaille Simona... Des rencontres qui mettent en valeur l'humanité et la bonté des personnes et qui montrent l'étendue de l'empathie de Paola Pigani pour ses personnages.
    Le roman est situé à Lyon, dans la "métropole régionale à prétention européenne", un Lyon bien réel et actuel. Mirko et Simona parcourent cette ville de ce début du 21e siècle : le quartier de la Guillotière et celui de La Soie, le chantier de construction de l'hôpital Mermoz, la Place du Pont et le magasin de Bahadourian, "le tramway qui glisse sur l'ancienne ligne de l'Ouest" à Villeurbanne, la Place Bellecour où le roi est seul, l'intérieur de l'hôpital Édouard Herriot... La ville est belle dans les mots de l'auteure qui ne cache pas qu'elle peut être violente et dangereuse.
    Les autres réfugiés ne sont pas absents du roman . Elle dit leur attente, la longueur des procédures, la difficulté à ne pas vivre entre soi. Elle décrit leur volonté de s'attacher au pays d'accueil, de franchir les obstacles, de s'intégrer. Elle le fait sans enjoliver et sans dramatiser à outrance, avec justesse.
    Ce deuxième roman confirme son talent d'écrivain qui sait narrer la vie des autres avec une vraie justesse de ton, un authentique empathie pour celles et ceux qui constituent le peuple des petites gens. Un roman fort.


  • par (Libraire)
    7 septembre 2015

    Encore une fois, on s'attache aux personnages de Paola Pigani. Après nous avoir fait découvrir une page peu connue de l'histoire dans N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, l'auteur s'attaque à un sujet d'actualité : l'immigration clandestine.
    Comment aller de l'avant et s'intégrer quand on vient d'un pays en guerre comme le Kosovo ? Alors que Simona tente de faire table rase du passé, la vie est plus difficile pour son frère qui rumine sa nostalgie ...


  • 7 septembre 2015

    C'est la solitude de l'homme qui marche, empli de mélancolie. Arrivé à Lyon au printemps 2001, avec sa sœur Simona, Mirko a fui un pays innommable à présent. Il vient de l'extrême banlieue de l'Europe, à jamais sinistrée aux yeux des français. "Un magma sans peuple véritable." Le Kosovo est ce pays montré sur les cartes à la hâte aux journaux télévisés.

    La nuance de l'exil sous la plume de Paola Pigani oscille entre la tristesse ravalée de Simona qui mange sa rage et ses regrets et la sauvagerie de Mirko. Encore incertain sur son lieu d'arrivée, c'est la rue de sa ville, là-bas, qu'il arpente. Celle quadrillée d' îlots de fureur, de haine et d'ignominie.

    Le désir de France diffère chez l'un et l'autre. Simona, volontaire et révoltée, s'obstine à apprendre la langue pour mieux comprendre les méandres du labyrinthe administratif.

    "Rassemblés dans l'écoute, enfants dans l'attente de la becquetée verbale, dociles.
    Aimer la langue. Aimer le pays qui vous accueille. Entrer dans les chairs de la France à travers des mots aux contours de beurre fondu, aux accents d'étoupe." Le désir d'entrer dans une langue nouvelle, une grande demeure de plusieurs étages.

    Mirko aime à s'alléger de la pluie et de la rue, poser sa vie dans une librairie. Dans cet antre tranquille, "le silence des livres donne envie de creuser le temps". Il observe et ressuscite une cartographie phénoménale, un livre qui devrait toujours être grand ouvert, sur le large.

    Ils ne pensaient pas tous les deux se retrouver si nombreux dans les files d'attente de la préfecture et voir en chacun d'eux le reflet de leur propre parcours.

    Par la splendeur des mots, Paola Pigani entre dans l'âme de l'exil. Avec des phrases aux senteurs de souffrances, d'espoirs et de douleurs, elle donne une épaisseur humaine à ceux venus d'ailleurs.

    Un livre précieux où une profonde humanité culmine.

    Liana Levi, Août 2015.