Au doigt et à l'oeil

Au doigt et à l'oeil

Huguier, Françoise

Sabine Wespieser Éditeur

  • 9 juillet 2014

    L'auto-portrait passionnant d'une talentueuse photographe

    Le livre est sous-titré "autoportrait d'une photographe" et c'est bien de cela qu'il s'agit. Quarante années d'une carrière riche en péripéties sont relatées. Peu d'éléments de vie privée, juste ce qu'il faut, mais une multitude de voyages et d'aventures aux quatre coins de la planète où Françoise Huguier s'est rendue pour différents magazines, de 100 idées à Libération, avant de passer à des projets plus personnels.

    L'enfance de la future photographe est traversée d'une rude épreuve. Son père dirige une plantation au Cambodge ; c'est le début de la guerre d'Indochine. A la suite d'une attaque, Françoise et son frère sont enlevés par le Viet-minh et passeront 8 mois dans la jungle dans des conditions épouvantables avant d'être libérés.
    Suivront le retour en France en région parisienne et la scolarisation au pensionnat des oiseaux, à Brunoy où elle bénéficiera de la méthode Montessori. Elle se montre assez rebelle et rétive à l'ordre établi et son expérience est trop différente de celle de l'entourage, enfants de bourgeois privilégiés. Quand les parents de Françoise Huguier retournent en Bretagne, leur région d'origine, elle décide de rester à Paris où la vie d'étudiante s'ouvre à elle. La voilà libre, curieuse de tout, cherchant une voie. Après avoir pensé au cinéma, ce sera finalement la photographie. Elle fait un patient apprentissage en laboratoire, avant de commencer à travailler pour le magazine 100 Idées d'abord, suivi de bien d'autres.

    Pour rendre compte de cet autoportrait, il faudrait presque mentionner un extrait par page tellement il est foisonnant de voyages, de rencontres, de projets, d'aventures. L'impression que j'en retire est que Françoise Huguier est une femme libre, qui n'a pas peur de grand chose et n'a jamais hésité à prendre des risques lorsqu'un projet lui tient à coeur. Toujours en mouvement, intéressée par de multiples sujets, elle s'est questionnée sans cesse sur la meilleure manière d'en rendre compte, souvent en binôme avec un journaliste. Elle a un lien particulièrement fort avec l'Afrique, le Mali, où elle a vécu un certain temps.
    Les conditions de travail qu'elle décrit au début de sa carrière n'ont plus rien à voir avec ce que sont devenus la photo et le journalisme aujourd'hui ; elle a rencontré ou travaillé avec toutes les personnalités qui comptaient à l'époque, dans une grande liberté, du Japon à l'Afrique, en passant par la Sibérie, les appartements communautaires en Russie. Les doutes la gagnent régulièrement sur ce qu'elle fait, mais toujours un sujet ou une rencontre la font repartir.

    Les phrases sont courtes, le style direct, ce qui fait ressentir d'autant plus l'éclectisme des sujet abordés, des pays découverts et des personnalités rencontrées, que ce soit les grands couturiers comme Issey Miyaké, Christian Lacroix, ou Michel Leiris, Serge Daney, le ministre de la culture Michel Guy etc .. Elle est aussi curieuse de ce monde-là que des peuples Nenets ou des prostituées en Afrique.

    Un livre qui m'a passionnée par tous ses aspects, artistiques, politiques, anecdotiques, l'auteur s'est souvent trouvée là où les évènements basculaient, effervescence des années 70, troubles en Afrique, chute de l'empire soviétique.