Sulak

Sulak

Philippe Jaenada

Julliard

  • 7 juillet 2014

    voleur, voyou

    Les voyous et voleurs en tout genre ne m'ont jamais fascinés, même avec de grandes idées soutenant leur combat.

    Pourtant, l'auteur de ce roman a réussi le tour de force de me faire aimer Bruno Sulak (dont j'ignorais jusqu'alors l'existence).

    Alors certes, le récit est un peu difficile à suivre au départ du roman, car l'auteur tient absolument à présenter les enfances de tous les protagonistes. Puis, les choses sérieuses commencent.

    Quel destin plein de chance que celui de Bruno (permettez que je l'appel Bruno), jusqu'à son retour en France, où la chance tourne. Ses amours, son amitié avec le commissaire Moréas (qui tient un blog).

    L'auteur a même réussi à faire frémir mon petit coeur sensible à la fin de son roman sur le destin tragique de son héros.

    Je me suis également régalée du style de l'auteur qui ne nous épargne aucune coïncidence : celles qui concernent les acteurs du drame, mais aussi celles qui concernent sa petite vie. C'est écrit avec fraîcheur et (presque) naïveté ; c'est plein de triples parenthèses. Bref, j'adore !

    L'image que je retiendrai :

    Celle du "casse" de la bijouterie Cartier à Cannes, car Bruno Sulak avait vu un briquet avec une panthère en pierres précieuses. Briquet qui n'est jamais réapparu à ce jour.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2014/06/30/29518288.html


  • 23 mars 2014

    L'auteur, potiniste à Voici, n'oublie pas de donner des coups de griffe au passage aux vrais journalistes qui ont souvent publié des biographies erronées de Sulak. Le portrait que Jaenada dresse de Sulak m'a gênée aux entournures par exemple quand Thalie, la femme de sa vie, et lui, reviennent du Maroc avec un signe et un serpent sans penser aux conséquences pour ces bêtes. Quand j'ai lu le passage au cours duquel Sulak croise Enrico Macias et s'insurge de le voir griller la file d'attente (il vient alors juste de commettre un braquage), je me suis demandée si Enrico Marias avait depuis réagi au livre en disant s'il se rappelait ou non l'incident. Que Jaenada disserte sur les circonstances de la mort de la chanteuse Joëlle ou de Patrick Dewaere m'a semblé hors-propos et sans intérêt. Que Jaenada fasse de l'humour sur les réactions des victimes de Sulak, notamment de ceux qui refusent de plier sous la violence (attitude qui aurait dû d'ailleurs plaire au rebelle qu'était Sulak) m'a horripilée, tout comme le fait qu'il attribue le flair de l'agent Guillaume, qui va permettre l'arrestation de Sulak, à un coup de chance m'a semblé humiliant.

    On peut trouver que Sulak est un personnage magnifique à la Belmondo sans humilier ceux du camp adverse. On a quand-même l'impression en lisant ce livre que de danger, pour les personnes qui ont croisé Sulak muni d'une arme, il n'y en eut jamais, que toutes les victimes ont cédé au charme du braqueur et qu'il n'y eut aucune séquelle traumatique sur les victimes. Quant à certaines anecdotes, j'aurais aimé que l'auteur en cite la source. Je suis perplexe que ce solitaire donné par Sulak à une cliente dans la boutique (pas sur le geste qui est tout à fait en accord avec le portrait brossé mais par la réaction de la cliente- elle garde le bijou alors qu'elle le sait être déclaré dans le butin d'un braquage?) et par ces bijoux donnés en plein New-York à une femme qui a besoin d'une opération (si on vous donne des bijoux dans la rue, vous les gardez vous? Et vous savez comment les écouler?). Quid aussi de son sixième sens? Pour appuyer son admiration pour Sulak, l'auteur égratigne Mesrine qui n'a pas hésité à menacer Desproges et qui, lui, n'hésitait pas à faire feu.
    Malgré tout ça, j'ai beaucoup aimé cette lecture. Plus je tournais les pages, moins il y avait de digressions et il est assez difficile de rester insensible au charme de Bruno Sulak tel que le décrit Jaenada et de reconnaître le talent de l'auteur pour nous embarquer. Toute sa vie est un roman, jusque sa relation avec celui qui est chargé de l'arrêter, George Moréas (dont le blog est une mine d'information sur la PJ). J'ai fini par oublier que Jaenada m'avait agacé, ou plutôt par le soupçonner de l'avoir fait sciemment et je fais de ce livre mon roman préféré du Prix Elle dont il ne me reste plus qu'une sélection à recevoir.


  • par (Libraire)
    22 novembre 2013

    On retrouve avec délice le style inimitable de Jaenada, qui fait tout le sel de cette biographie romancée de Bruno Sulak, Mandrin des temps modernes, ayant défrayé la chronique judiciaire dans les années 80.


  • 17 novembre 2013

    Le braqueur magnifique

    Qui se souvient de Bruno Sulak ? Ce beau garçon d’une intelligence peu commune a été au début des années 80 l’homme le plus recherché de France. Tout juste jeune adulte, il a écumé supermarchés puis bijouteries jusqu’aux grandes enseignes de la rue de la Paix, organisant de spectaculaires braquages selon un mode opératoire minutieux, efficace et sans bavures -Bruno Sulak n’a jamais eu de sang sur les mains. Il est mort à 29 ans lors d’une tentative d’évasion, en tombant d’une fenêtre de Fleury-Mérogis.

    Braqueur légendaire, roi de l’évasion, les formules ne manquent pas mais semblent insuffisantes pour définir une personnalité aussi complexe. Le romancier Philippe Jaenada a pourtant décidé de retracer la courte vie de Bruno Sulak et la biographie qu’il signe se dévore comme un roman d’aventures. Patiemment, interrogeant les témoins, les amis, la famille, épluchant les journaux de l’époque, Jaenada, fasciné, a cherché des indices dans les origines familiales, un grand-père venu d’un petit village polonais et un père légionnaire, puis dans l’enfance et l’adolescence à Marseille, il a reconstruit la cavale et l’ultime arrestation du hors-la-loi, il a également dressé le portrait de ses proches : Thalie, l’amour de sa vie, Drago, l’ami de toujours. Mais au fil de ce canevas minutieux où le romancier s’est fait archiviste, reste toujours une question : à quoi tient la vie d’un homme ?

    On est vite emporté par ce récit toujours rigoureusement proche des faits et construit comme un puzzle. Il y a l’enfance, dans une famille modeste mais unie et stable. Le refus, très jeune, de l’autorité. La petite délinquance puis l’entrée dans la légion dont il déserte et le premier braquage. Philippe Jaenada reconstitue pièce à pièce la ligne de cette vie qui sans cesse bifurque, se brise et repart. Il colle à son personnage, nous fait partager les moments d’angoisse et de tension, la panique de celui qui se sait recherché, mais aussi les jours d’euphorie, lorsque le braqueur réussit un beau coup et possède assez d’argent pour vivre tranquillement quelques temps. Le romancier s’interdit toute envolée lyrique mais aussi toute hypothèse personnelle, se refusant à laisser libre cours à son imagination. Hasards, mauvais sort et mauvais coups, tout est étudié comme un enchaînement implacable et de fait fatal, jusqu’à la dernière nuit où Jaenada met en concurrence, sans trancher, deux versions des faits : la version officielle, qui veut que Bruno Sulak soit tombé d’une fenêtre en tentant de s’évader, et celle de proches qui pensent qu’on l’a poussé.

    Pari réussi donc pour un romancier qui jusqu’alors avait publié des textes au ton loufoque et tendre d’inspiration largement autobiographique. On retrouve pourtant dans ce livre le style très particulier de Philippe Jaenada, notamment son sens de l’humour et de la digression. De petits instantanés de la France des années soixante-dix et quatre-vingt – la dernière radio de la chanteuse du groupe « Il était une fois » -  émaillent son récit, tout comme des détails de sa vie à lui, soudain signalés en passant, lorsque sa propre trajectoire croise par hasard celle de Bruno Sulak, les coïncidences s’accumulent et l’auteur semble parfois pris de vertige. Car tout se tient et pourtant rien ne tient en ce monde, Sulak et Jaenada auraient pu se croiser, échanger leurs vies, mais la vie justement n’est pas la littérature : Sulak reste pour toujours un emblématique mystère et Jaenada un vrai romancier.

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